L’automne marque le cruel retour des orages meurtriers sur le pourtour méditerranéen. Les pluies diluviennes et les crues soudaines ont causé la mort de 20 personnes, samedi 3 octobre, sur la Côte d’Azur. Tristes répliques
des tempêtes et des inondations qui s’étaient déjà soldées par 17 morts sur le littoral du sud-est de la France
entre septembre et novembre 2014, 35 décès en Languedoc-Roussillon en novembre 1999, 24 dans les
Cévennes en septembre 2002. Une amère litanie.

Chaque nouvelle catastrophe suscite émoi et questions, mais n’apporte guère de réponses. Pourquoi continuons nous à aller de catastrophes en catastrophes, alors que les inondations n’ont rien d’un phénomène nouveau et
malgré l’amélioration des outils de prévision météo ? Huit victimes ont péri à Mandelieu-la-Napoule pour être
descendues dans un parking pour en sortir leur voiture. Pourquoi une telle imprudence ? Les Français n’ont pas
la culture du risque.
Dans les villes – a fortiori celles qui se trouvent sous la menace d’une élévation du niveau de la mer –, les
inondations peuvent être extrêmement subites et dévastatrices. Des tonnes de boue sont susceptibles de dévaler
les rues et des vagues de submerger les quartiers bas. Le message mérite d’être répété : le danger d’aujourd’hui
ne ressemblera sans doute pas à celui que les hommes ont gardé en mémoire. Les temps changent. Au rythme
des évolutions du climat ? Pas seulement.

En France, l’artificialisation des sols compte bien davantage : l’eau glisse sur les surfaces bétonnées comme un
avertissement à qui ne veut pas l’entendre. Durant la décennie 2000, l’Hexagone a perdu chaque année de 40
000 à 90 000 hectares en moyenne d’espaces naturels, agricoles ou forestiers – l’équivalent d’un département
tous les dix ans. Les zones humides, les plus efficaces des éponges naturelles, fondent comme peau de chagrin.
Qui s’en alarme ? Comme si ces disparitions étaient le tribut à payer pour multiplier les parkings, doubler la
largeur des routes, tracer de nouvelles lignes de TGV, passer des week-ends dans des bungalows qui grignotent
la forêt.
Le syndrome de la  » bétonisation  » ne connaît pas de limite et fait disparaître haies et réseaux de minces cours
d’eau dans les campagnes. La situation atteint son paroxysme sur l’étroite bande côtière de la Côte d’Azur. Sur le
littoral des Alpes-Maritimes se serrent 2 650 habitants au kilomètre carré, c’est la plus dense des façades
maritimes françaises, qui accueillent elles-mêmes 2,5 fois plus de monde que la moyenne du pays.

Le diagnostic est connu. Les services de l’Etat dépensent énormément d’énergie à répertorier les territoires
vulnérables, à recenser les  » stratégies locales de gestion des risques d’inondation  » et à soumettre le tout à la
consultation locale. Rien qu’en 2014, 11 500 plans de prévention des risques ont été approuvés par des
collectivités locales. Sans compter ceux que les élus font traîner des années.
Mais pourquoi les maires continuent-ils d’accorder des permis de construire dans les zones exposées, à autoriser
les campings au bord de l’eau, à ne pas imposer un étage aux maisons pour s’y réfugier ? Pourquoi repoussent ils
sans cesse les exercices d’alerte dans les communes vulnérables ? Tout simplement pour ne pas contrarier
leurs administrés !
Les scientifiques prédisent l’intensification de ces événements extrêmes, sous l’effet du réchauffement
climatique. Il est temps de réveiller l’opinion.

Article publié dans Bretagne Environnement